Christian Tell : Voleur d’images et chercheur de lumière
Chez Christian Tell, la photographie de rue naît d’un regard attentif, presque furtif, posé sur le monde. Membre de SPF, il revendique une pratique discrète, guidée par la lumière, les couleurs et les instants fugaces. Inspiré par les grands noms de la photographie humaniste et contemporaine, il construit des images où l’action et la composition dialoguent sans jamais s’imposer.
De Barcelone aux rivages bretons, son parcours s’est façonné par l’observation, l’expérimentation et une attention constante à l’éthique du regard. Son Fuji X100V devient alors un compagnon silencieux, lui permettant de capter la rue sans la perturber. À travers ses images, Christian Tell explore la frontière entre présence et effacement, offrant une photographie de rue sensible, assumée et profondément respectueuse — une démarche qu’il partage aujourd’hui au sein de la communauté Street Photography France.
On pose les questions à Christian …
Dans cette interview, Christian Tell partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Christian Tell : Mes premières émotions en photographie de rue sont apparues lorsque j’ai découvert les photos de Robert Doisneau. Ces images m’ont immédiatement marqué parce qu’elles racontaient quelque chose. Il ne s’agissait pas seulement de personnes photographiées dans la rue, mais de véritables histoires. J’ai compris que la photographie pouvait transmettre des émotions simples et universelles. Cette dimension narrative m’a beaucoup touché. C’est à ce moment-là que la photographie de rue a commencé à prendre du sens pour moi. Elle m’a donné envie d’observer davantage le monde qui m’entoure.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Christian Tell : Mes premières photos de rue datent d’un séjour à Barcelone en 2013. Cette grande ville offrait de nombreuses possibilités visuelles et humaines. J’y ai fait mes premiers essais sans réelle méthode, mais avec beaucoup de curiosité. La diversité des scènes et des ambiances m’a beaucoup stimulé. Barcelone a été un terrain d’apprentissage très riche. C’est là que j’ai commencé à comprendre ce que je recherchais dans la photographie de rue.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Christian Tell : En 2012, j’ai rejoint un photo club. À cette époque, je pratiquais déjà la photographie depuis deux ans. Pourtant, je n’utilisais que le mode automatique de mon appareil. Au contact des autres membres du club, j’ai appris le triangle d’exposition. J’ai également découvert de nombreux aspects techniques essentiels. En parallèle, j’ai beaucoup consulté des sites internet spécialisés. Cela m’a permis de compléter et de consolider ma formation.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Christian Tell : À mes débuts, j’utilisais un Sony Alpha 7 avec un 35 mm et un 50 mm. C’était un très bon appareil pour l’époque. Cependant, je le trouvais trop encombrant pour la photographie de rue. J’avais besoin de quelque chose de plus discret et plus léger. J’ai ensuite découvert le Fuji X100V. Cela a été une véritable révélation pour moi. Son côté pratique, sa discrétion et son esthétique rangefinder ont immédiatement correspondu à ma pratique.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Christian Tell : Le Fuji X100V est clairement mon boîtier de prédilection. C’est avec lui que je réalise la grande majorité de mes photos. Sa discrétion est un avantage majeur en photographie de rue. Son look vintage joue également un rôle important. Les personnes sont souvent moins inquiètes, voire moins agressives. Elles réagissent différemment que face à un boîtier au look professionnel. Cela me permet de photographier plus sereinement.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Christian Tell : J’essaie de ne pas me contenter de photographier des gens dans la rue. Mon objectif est de capter une action ou une interaction. Je m’intéresse beaucoup aux couleurs et aux contrastes. Les flous et les lumières font aussi partie intégrante de ma recherche. J’aime quand plusieurs éléments se répondent dans une image. La scène doit avoir une dynamique visuelle. C’est cette combinaison qui m’attire dans la photographie de rue.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Christian Tell : Robert Doisneau a été le premier à m’inspirer. Brassaï a également beaucoup compté dans ma construction photographique. Je suis un grand admirateur de Saul Leiter. Harry Gruyaert est aussi une référence importante pour moi. J’aime également découvrir des photographes de rue moins connus. Je les trouve souvent en naviguant sur internet, notamment sur Street Photography France. Pour n’en citer qu’un, Phil Penman m’inspire beaucoup. La liste serait longue tant les sources d’inspiration sont nombreuses.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Christian Tell : Il est difficile de choisir une seule image. Je peux toutefois parler de celle qui porte le numéro 2 dans la série que je présente. Elle a été prise à la fin d’une balade sur une plage de la côte des Légendes, dans le Finistère. Il commençait à pleuvoir à ce moment-là. Je suis monté sur un rocher pour embrasser la scène qui se présentait à moi. Je n’ai pris qu’une seule photo avant de rejoindre le parking. La pluie devenait plus intense. En regardant l’image sur l’appareil, j’ai immédiatement su que j’avais une bonne photo, selon moi. Elle est directement inspirée de la série « Rivages » de Harry Gruyaert. J’ai tenté de m’approcher de son rendu en post-traitement, même si je suis loin d’être un expert de Photoshop. J’attends actuellement un tirage Fresson de cette image.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Christian Tell : La discrétion est le principal défi pour moi. Je suis incapable de photographier des personnes en étant repéré. Cela me met immédiatement mal à l’aise. Il y a cependant des exceptions, comme lors d’événements. Dans ce cas, les participants sont conscients d’être photographiés. C’est notamment vrai pour les manifestations ou la marche des fiertés. En dehors de ces contextes, je préfère rester invisible. Je me classe moi-même dans la catégorie des voleurs d’images.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Christian Tell : En théorie, rien n’interdit de photographier des personnes dans la rue. Cela dit, je fais très attention à la manière dont je pratique. Je cherche toujours à rester discret. Je ne fais pas et ne publie pas de photos qui pourraient être dégradantes. Je suis particulièrement attentif aux situations ambiguës, comme les couples qui pourraient être illégitimes. Si je photographie des enfants, je montre la photo aux parents lorsque c’est possible. Je demande également une autorisation si je souhaite partager l’image sur Flickr ou Instagram. L’éthique reste essentielle dans ma démarche.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Christian Tell : Photographiez, photographiez et photographiez encore. La pratique est essentielle pour progresser. Il ne faut pas avoir peur de faire des erreurs. Regarder le travail des autres est aussi très important. Que ce soit sur internet ou dans les livres, cela nourrit le regard. Observer différentes approches permet de mieux comprendre la sienne. C’est un apprentissage permanent. La régularité est la clé.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Christian Tell : J’ai découvert Street Photography France via une suggestion Instagram. Cela faisait suite aux pages que je consultais régulièrement. J’ai ensuite participé à un concours mensuel. Ma photo a été sélectionnée. Cette reconnaissance m’a encouragé à m’intéresser davantage à la communauté. J’ai découvert le travail des autres membres. J’ai apprécié l’esprit et la diversité des approches. C’est naturellement que j’ai rejoint SPF.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Christian Tell : Je peux consulter les galeries des autres membres. C’est une source d’inspiration constante. Découvrir des regards différents est très enrichissant. La communauté permet aussi de vendre ses photos. Il y a également la possibilité d’être publié dans des livres. Ces opportunités sont motivantes. Elles donnent une vraie visibilité au travail des photographes. SPF offre un cadre stimulant et valorisant.

