Cécile Perrin : Un Regard Candide sur les Rues de Marseille

Découvrez le parcours fascinant de Cécile Perrin, une street photographer membre de Street Photography France, à travers notre interview intime. Plongez dans ses débuts en photographie de rue, son évolution stylistique et ses expériences marquantes qui capturent l’essence de Marseille. Cécile partage ses inspirations, défis et conseils pour les aspirants photographes, tout en préservant sa vision unique et authentique du monde urbain.

On pose les questions à Cécile…

Dans cette interview, Cécile Perrin partage avec nous son parcours photographique.

 

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Cécile Perrin : J’ai d’abord photographié les espaces, les belles vues de ma ville, Marseille, en « mode carte postale » et si possible sans aucune personne dans mon cadre (!). Je pense que c’est le réflexe de beaucoup de photographe débutants et amateurs. Peut-être est-ce plus rassurant de photographier quelque chose qui ne bouge pas et que l’on peut maîtriser (ou presque). Cela permet de prendre son temps, de contempler une scène, un décor ; un peu comme un tableau au musée. Et puis petit à petit on se rapproche de ce qui compose « aussi », ce tableau, les êtres vivants. Au début je suis restée à bonne distance, comme un chasseur embusqué ayant peur de se faire découvrir. Puis vient le temps de s’enhardir.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Cécile Perrin : Mes premières vraies photos de rue datent de 2019. Là est né mon intérêt de capter des moments de vie, des scénettes, du spectacle de rue, de la poésie urbaine que nous offrent parfois les « streetpeople ». J’ai eu envie de partager toutes ces pastilles curieuses, surprenantes, insolentes, touchantes.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Cécile Perrin : Je me suis naturellement tournée à la recherche d’une formation pour me perfectionner. Pas facile ou évident à trouver quand on n’est pas de la partie … Le « Dieu photo » m’a entendue : et j’ai eu connaissance d’un atelier photo dispensé par une artiste photographe et enseignante, Mireille LOUP, 1 samedi par mois sur Arles. Elle lançait pour sa première année cette formation sur le réseau FB ! J’ai suivi cet atelier pendant 2 années scolaires de 2019 à 2021. (Technique + exercices + restitution + éditing …). Cerise sur le gâteau, une exposition des travaux en fin d’année à L’espace Van Gogh à Arles. (Si si, on dit bien à Arles aussi 😉 En 2022/2023 J’ai eu la possibilité de suivre au même rythme une formation à l’École Nationale Supérieure de la photographie d’Arles avec une restitution et expo en fin d’année également. (Professeures et artistes Aurore Valade/Charlotte Arthaud). En novembre 2023 j’ai été acceptée malgré mon parcours débutant dans un workshop de photojournalisme qui s’est déroulé à Tanger – Maroc (Face à la mer – Mina MOSTEFA & Wilfrid ESTEVE – agence Hans Lucas)

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Cécile Perrin : J’ai commencé par shooter avec un hybride Samsung NX300 (18-50 mn et 50-200 mn) suffisant pour un débutant, ensuite j’ai investi dans un Leica d-lux 7 (28-75 mn), vite devenu frustrant ; et actuellement je shoote avec un Leica Q2.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Cécile Perrin : Je suis tombée « in love » du Q2 et qui résisterait en vrai ! ? Juste magnifique en terme de qualité et de rendu ; facile d’utilisation ; facile à « dégainer » (et oui je suis toujours en mode chasseuse  et pas trop encombrant. Bref idéal pour de la Street.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Cécile Perrin : Je ne sais pas si j’ai « un style » en particulier, mais si je devais faire mon auto-analyse je dirais que j’ai un regard assez frontal et candide. J’ai gardé mon regard d’enfant découvrant le monde. Mon objectif n’est pas de donner du style à mes photos que ce soit à la prise de vue ou à la retouche ; mais de vraiment délivrer, partager ma vision du monde, « brut de décoffrage ». Cela étant dit, je laisse aux autres la possibilité de poser un ou plusieurs adjectifs sur mon style et avec plaisir ; il est vrai que nous avons tous un regard différent. A contrario, mes photos de Marseille (cartes postales) sont beaucoup plus romantiques, poétiques et frôlent parfois le rêve. 

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Cécile Perrin : Alors classique et non original, Elliot ERWITT, Diane ARBUS, Vivian MAIER, Dorothea Lange, Jane Atwod… la liste des photographes humanistes est longue.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Cécile Perrin : J’aime beaucoup cette photo car à elle seule, elle résume ce qu’est Marseille ; c’est-à-dire une ville ouverte sur la Méditerranée, mais pas seulement. Il y a ce mélange des cultures mais aussi celui des âges anciens et modernes. Et puis cette vieille femme me regarde droit dans les yeux, naturellement, à travers mon boitier qui disparaît dans son regard.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Cécile Perrin : Le défi principal en photo de rue en ce qui me concerne est d’essayer de passer inaperçue. J’explique ; je suis grande (1.80 m) et les cheveux blancs ! donc on me remarque comme un lampadaire en pleine nuit ou un phare en pleine mer !  Je dois préciser que je suis une voleuse de photos… je sais, ce n’est pas toujours bien mais j’assume complètement ma démarche. Elle est voulue, car je veux saisir de vrais moments non corrompus par la vision de mon appareil. Je pourrais m’adresser à la personne que je veux photographier. Je sais faire, l’ai déjà fait, et n’ai pas de problème à aborder les gens ; mais cette approche se résume, à mes yeux, à du portrait de rue posé. Ce n’est pas ce que je recherche.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Cécile Perrin : Un jour j’ai photographié de dos un vieil homme contemplant la mer. Une photo somme toute banale. Lorsqu’il s’est retourné et m’a aperçue il s’est excusé pour m’avoir gêné : Oh non ! pas du tout Monsieur, c’est justement vous que je photographiais, lui répondis-je. À ce moment-là, il m’a confié que c’était la première fois depuis le décès de son épouse 5 ans en arrière, jour pour jour, heure pour heure, qu’il osait revenir à cet endroit précis admirer la mer ; chose qu’il faisait avec sa défunte chérie. Émouvant non ! Chaque photo aussi banale puisse-t-elle paraître a une histoire. À méditer…

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Cécile Perrin : L’Éthique en photo de rue… Et bien, comme je viens de l’avouer, j’en ai peu. En même temps, je ne suis pas certaine d’être aussi transgressive qu’il y paraît. Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais rencontré une personne capable de me citer ou me donner exactement les termes des textes législatifs régissant le droit à l’image (lieu, circonstances, publications…). Ensuite, dans une société où tout un chacun s’expose sur les réseaux… Par contre, il est bien évident que je ne montre et ne montrerai jamais des photos ignominieuses.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Cécile Perrin : Alors oui ! Une fois, je me suis fait courser par un homme que j’essayais de fixer sur mon capteur. La situation était particulière. Parfois, je photographie des sdf qui me déchirent la rétine, le cœur, les tripes. Les « invisibles », l’abandon, me touchent beaucoup. Ce « travail » est pour l’instant confidentiel et personnel. Un jour, peut-être que cela aboutira sur un projet, bien que non « vendeur »…

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Cécile Perrin : Le conseil que je pourrais donner à un débutant serait de se faire confiance, de ne pas chercher à imiter un style de photo ou photographe ou alors seulement dans le but d’apprendre une technique éventuellement. Tous les regards sont légitimes, il ne faut pas se sous-estimer y compris lorsqu’on a peu de retour des autres sur ses photos. « Approche-toi de ton sujet ! » et petit à petit tu te trouveras. En ce qui me concerne, chaque sortie est une leçon, un apprentissage. Je ne me considère pas comme un photographe encore accompli. Le contraire serait inquiétant.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Cécile Perrin : Il faut « bouffer » de la photo ! Matin, Midi, Soir. Instagram, livres, expositions, échanges avec d’autres photographes, photowalk… Et ton œil, ton regard, ton appétence se formeront.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Cécile Perrin : Je n’ai pas d’autre projet cette année que de trier, sélectionner beaucoup de photos accumulées ces 3 dernières années riches. Je vais essayer de commencer à monter des projets de livres personnels (en Street, Tanger, Paris).

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Cécile Perrin : Je n’ai pas de projet d’exposition publications prochainement.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Cécile Perrin : J’ai vu l’affiliation d’un de mes camarades photographe (Daniel TISSOT) sur Instagram. J’ai trouvé ça génial et cela m’a donné l’envie de faire partie de cette aventure. J’aime le collectif et le partage. La photo est un « sport » solitaire, alors dès que je peux croiser d’autres photographes, je le fais.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Cécile Perrin : Appartenir à une communauté de photographes offre un espace d’échange d’expériences et de conseils, favorisant l’amélioration des compétences. De plus, cela crée des opportunités de collaboration et d’exposition, renforçant ainsi pour certains le réseau professionnel.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Cécile Perrin : Vous avez pensé à tout ! Peut-être développer lele maillage sur le territoire national, mais cela viendra. Vous avez déjà fait fort je trouve ! Bravo ! .

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture