Caterina R. : Le silence comme ligne de fuite
Chez Caterina R., la rue ne se traverse pas : elle se contemple. Membre de SPF, elle avance sans hâte, attentive aux silences, aux reflets, aux instants presque effacés qui échappent au tumulte urbain. Son regard s’inscrit dans une photographie de rue épurée, où le noir et blanc agit comme un filtre émotionnel, ramenant chaque scène à sa plus simple vérité.
Formée chez Leica et nourrie par une approche sensible transmise au fil du temps, Caterina R. privilégie l’intuition à la démonstration. Ses images suggèrent plus qu’elles ne montrent, laissant au spectateur l’espace nécessaire pour habiter la photographie. Entre minimalisme et introspection, son travail interroge la présence humaine sans jamais l’imposer, fidèle à une vision respectueuse et exigeante de la street photography, aujourd’hui portée au sein de la communauté SPF.
On pose les questions à Caterina …
Dans cette interview, Caterina Romeo partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Caterina R. : Naturellement, en marchant. La rue s’est imposée à moi sans intention préalable, simplement parce que j’y passais du temps. Elle est rapidement devenue un espace d’observation libre, ouvert, sans contrainte. J’y ai trouvé une forme de respiration, loin de toute mise en scène. L’image naît dans cet espace sans être provoquée, sans être construite artificiellement. Photographier la rue, c’est accepter ce qui se présente. C’est aussi apprendre à regarder avant de déclencher.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Caterina R. : Je pratique la photographie de rue depuis plusieurs années. Au départ, c’était une présence discrète dans ma pratique photographique. Avec le temps, elle est devenue plus régulière et plus engagée. Mon regard s’est progressivement affiné, au fil des marches et des images manquées. J’ai appris à mieux comprendre ce que je cherchais réellement. La rue m’a permis de construire une relation plus profonde à l’image. Aujourd’hui, cette pratique fait pleinement partie de mon équilibre photographique.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Caterina R. : J’ai suivi une formation Leica qui m’a apporté des bases techniques solides. Cette formation m’a permis de comprendre les fondamentaux et d’être plus à l’aise avec mon matériel. Elle m’a aussi donné une certaine rigueur dans ma pratique. Par la suite, mon compagnon JACQUES COMBET, grand amateur de photographie, a joué un rôle important. Il m’a transmis une approche plus sensible et plus attentive de l’image. Une approche fondée sur le regard, la patience et le temps.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Caterina R. : J’utilise principalement un Leica M240. Je travaille avec un objectif 35mm et un 70mm, selon les situations. Ces focales correspondent bien à ma manière d’aborder la rue. Elles me permettent de garder une certaine distance tout en restant proche de l’essentiel. Il m’arrive également d’utiliser un Nikon 70mm. Le choix du matériel reste toujours au service de la simplicité. Je ne multiplie pas les accessoires.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Caterina R. : Oui, Leica est mon équipement de prédilection. En particulier en noir et blanc, car il m’aide à aller à l’essentiel. Il me permet de me détacher du superflu. Ce type de matériel correspond à ma recherche d’une photographie épurée. J’apprécie son silence et sa discrétion. Il favorise une approche respectueuse de la rue. Il accompagne naturellement mon regard.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Caterina R. : Je définirais mon style comme une photographie de rue en noir et blanc. Elle est volontairement épurée et minimaliste. Mon travail est guidé par l’intuition plus que par la démonstration. Je recherche la justesse de l’instant plutôt que l’événement. J’accorde beaucoup d’importance au silence de l’image. Chaque photographie doit respirer. Elle doit rester simple et sincère.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Caterina R. : Cartier-Bresson, Robert Doisneau et Vivian Maier m’ont profondément marquée. Ils m’ont transmis le sens de l’instant juste. Leur manière de saisir l’humain reste une référence importante. J’ai appris à observer la rue à travers leurs images. Aujourd’hui, je m’en inspire sans chercher à les imiter. Je traduis cet héritage dans une approche plus minimaliste. Une photographie plus introspective, plus personnelle.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Caterina R. : C’est une image prise devant une vitrine. Elle joue avec les reflets et les transparences. La scène est presque invisible au premier regard. Le réel et l’imaginaire s’y confondent naturellement. Cette photographie résume bien ma démarche. Elle ne s’impose pas immédiatement. Elle demande du temps et de l’attention. C’est exactement ce que je cherche dans mon travail.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée en pratiquant la photographie de rue ?
Caterina R. : Le principal défi reste la patience. Il faut accepter d’attendre sans rien forcer. La justesse est également essentielle. Une image ne doit pas être arrachée à la réalité. Je dois rester fidèle à mon regard, même lorsque la rue semble silencieuse. Il faut parfois repartir sans photographie. Cette attente fait partie intégrante du processus. Elle conditionne la sincérité de l’image.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Caterina R. : Je me souviens d’un moment de silence au cœur de la ville. Tout semblait suspendu. La lumière, l’espace et une présence discrète se sont alignés naturellement. Je n’ai rien provoqué. L’image s’est imposée d’elle-même. Elle est apparue comme une évidence. Ce sont ces moments-là qui donnent tout son sens à la photographie de rue. Ils restent gravés bien au-delà de l’image.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Caterina R. : J’aborde toujours ces questions avec beaucoup de respect. Je privilégie la suggestion plutôt que l’exposition directe des personnes. Je fais attention à ne jamais être intrusive. Si une image me met mal à l’aise, je ne la conserve pas. Le respect du sujet passe avant la photographie. La rue n’autorise pas tout. Il est important de garder une conscience éthique claire.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Caterina R. : Non, pas vraiment. Jusqu’à présent, les situations sont restées calmes. Je pense sincèrement que le dialogue est toujours la meilleure solution. Expliquer sa démarche permet souvent d’apaiser les tensions. Si une personne refuse, je respecte immédiatement ce choix. Il n’y a jamais de raison d’insister. La photographie ne doit jamais être imposée. Le respect reste primordial.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Caterina R. : Je leur conseillerais d’observer avant de photographier. Prendre le temps de regarder la rue est essentiel. Il faut parfois marcher sans objectif précis. Se laisser porter par ce qui se présente. Travailler simplement aide à mieux comprendre son regard. Il est important de ne pas se comparer aux autres. Chacun doit développer sa propre sensibilité.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Caterina R. : Se donner des contraintes est très formateur. Revenir souvent aux mêmes lieux permet d’approfondir son regard. La répétition n’est pas un frein, bien au contraire. Elle affine la perception. Elle permet de voir autrement des espaces connus. Pour ma part, c’est ainsi que j’ai progressé. La créativité naît souvent de la constance.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Caterina R. : Je souhaite créer des séries cohérentes. Des séries pensées dans la durée. J’aimerais les présenter dans des lieux où l’image dialogue avec l’espace. Des galeries ou des hôtels, par exemple. L’environnement d’exposition est important pour moi. Il doit prolonger le sens des images. Ce travail de série me permettrait d’approfondir encore davantage ma démarche.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Caterina R. : Oui, je suis actuellement en train de finaliser une exposition. Elle aura lieu à New York, dans le quartier de Chelsea. Elle est prévue pour 2026. C’est un projet important pour moi. Il représente une étape dans mon parcours. Cette exposition me permettra de présenter un travail abouti. Un travail fidèle à ma vision de la photographie de rue.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Caterina R. : J’ai participé au concours Timeless en décembre 2025. Ma photographie a été retenue. Cette sélection a été une vraie reconnaissance. J’ai ensuite découvert plus en profondeur Street Photography France. J’ai été conquise par leur affinité artistique et humaine. Leur vision respectueuse de la photographie de rue m’a profondément parlé. C’est ce qui m’a donné envie de rejoindre la communauté.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Caterina R. : Le partage est essentiel. L’échange de regards permet de progresser. Appartenir à une communauté offre un véritable soutien. SPF est à la fois exigeante et bienveillante. Cela crée un cadre stimulant. On se sent moins seul dans sa pratique. Cette dynamique collective est très précieuse.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Caterina R. : Des projets collectifs thématiques seraient très intéressants. Ils permettraient de renforcer les liens entre les membres. Travailler autour d’un thème commun crée une émulation. Cela favorise l’échange et la réflexion. Ces projets pourraient aussi donner lieu à des expositions ou des publications. Ils renforceraient l’identité de la communauté. Et encourageraient chacun à approfondir sa démarche.

