Adrien Pons : L’Instant Précieux

Dans un monde saturé de clichés et de filtres, Adrien Pons choisit de capturer l’instant brut, là où la poésie se cache dans les recoins de la rue. Son parcours, marqué par des années d’expérimentation artistique, l’a mené de la peinture abstraite à la photographie de rue, une passion qu’il n’a découverte qu’à 35 ans. Aujourd’hui, c’est avec son regard aiguisé d’observateur curieux et son appareil compact toujours à portée de main, qu’il transforme le quotidien en chef-d’œuvre. Dans cette interview, il nous dévoile son cheminement, ses inspirations, et surtout, cette approche unique de la photographie qui le pousse à capter non pas des sujets, mais des émotions, des moments suspendus dans le temps. Plongez dans l’univers de celui qui voit la rue comme un immense tableau vivant.

On pose les questions à Adrien …

Dans cette interview, Adrien Pons partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Adrien Pons : J’ai toujours été attiré par l’art en général. D’abord peintre abstrait où j’improvisais sur mes toiles. Mon travail était très coloré. J’ai aussi fait beaucoup de théâtre d’improvisation.
Le déclencheur, c’est mon premier voyage à mes 35 ans. J’ai alors adoré prendre des photos et créer un livre photo de vacances à mon retour. Je me suis tellement pris au jeu que progressivement la photographie a pris une place essentielle dans ma vie.

À chaque nouveau voyage, je voulais ramener de superbes photos. J’ai alors commencé à photographier un sujet humain dans des paysages magnifiques. Puis en visitant des villes, j’ai reproduit cette pratique. C’est à ce moment-là que la photo de rue est devenue une évidence et une passion.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Adrien Pons : J’ai commencé la photo de rue sérieusement il y a environ un an.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Adrien Pons : Je suis plutôt autodidacte. J’ai quand même passé des heures et des heures sur internet pour apprendre la technique et regarder le travail des grands maîtres.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Adrien Pons : Avec l’expérience et la pratique, je suis maintenant passé sur des modèles d’appareils photo compacts. Je suis amoureux de la marque Fujifilm que j’utilise pour des événements (mariages, concerts, etc.). J’ai un XT2, un XT3, puis un XT30. La compacité du XT30 a fait considérablement évoluer ma photographie de rue. Mais j’ai trouvé encore plus compact. J’ai depuis peu fait l’acquisition d’un RICOH GR3. Je l’ai toujours avec moi et j’aime sa discrétion. Il m’aide beaucoup au quotidien dans ma pratique de la photo de rue.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Adrien Pons : Je suis de nature très observateur et curieux. Comme mes expériences artistiques dans d’autres domaines sont basées sur l’improvisation, j’improvise ! Je me laisse porter par l’ambiance de la rue. Dès que quelque chose attire mon regard, je deviens un “prédateur”. Ce que je veux, c’est capturer des scènes poétiques, esthétiques et harmonieuses. Ma photographie n’a alors aucune limite. Je ne crains pas de m’approcher et d’aller au contact si nécessaire.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Adrien Pons : La liste serait trop longue. Mais les photographes qui me passionnent actuellement : Harry Gruyaert, Tatsuo Suzuki, Gustavo Minas, Aaron Berger. Chacun dans son style réussit à capturer des personnes, des moments ou des détails et le rendu est juste magnifique.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Adrien Pons : J’essaye d’aller faire des sessions photos régulièrement le matin avant d’aller travailler. Ce jour-là, les rues étaient désertées. Alors que j’allais quitter les lieux, je me suis retrouvé face à un monde fou. Une manifestation d’agriculteurs encadrée par la police. Ils ont déposé devant la préfecture les panneaux d’entrée des villages du département, dérobés les mois précédents, en échange de réponses concernant l’avenir de leur profession. Je me suis retrouvé au milieu de photographes qui couvraient la manifestation pour la presse. À travers le reflet d’un tracteur, j’ai réussi à prendre cette photo. J’aime l’attitude des personnages qui se font face, les reflets et l’ambiance de la scène.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Adrien Pons : Je dirais de se détacher d’une photo. C’est souvent difficile de se séparer d’une photo alors qu’on a vécu un super moment en la prenant. Si elle ne reflète pas mon intention ou simplement n’est pas au niveau, alors il faut s’en séparer. Mais c’est souvent un crève-cœur.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Adrien Pons : J’ai un fils de 1 an. Et il a déjà énormément voyagé. Pour notre premier voyage avec lui, nous sommes allés en Grèce. Et alors que nous allions nous poser sur un banc pour le changer, un vieil homme est arrivé et a commencé à donner à manger aux pigeons. J’ai pris quelques photos. Puis sa femme l’a rejoint. Nous avons passé un long moment avec ce couple à échanger sur nos vies, malgré la barrière de la langue. Ils ont aussi beaucoup fait rire notre fils. Un très beau moment.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Adrien Pons : Je ne me pose pas de questions. Je suis quelqu’un de très respectueux dans la vie. Je ne prends en photo que ce que tout le monde peut voir dans la rue. Je ne prends jamais de photos dégradantes. Je suis discret, souriant, je ne me cache pas.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Adrien Pons : Sincèrement jamais. Une fois, un homme m’a poursuivi en courant car il pensait que je l’avais pris en photo dans sa boutique en travaux (en fait, pas du tout). J’ai alors eu une discussion avec lui. Il a invoqué le droit à l’image. Je lui ai expliqué ce que je faisais et la loi en photographie. Et nous nous sommes séparés par une poignée de main.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Adrien Pons : Sortez et faites un maximum de photos. Partout et tout le temps. Quand une chose attire votre regard, cherchez à retranscrire le moment de la meilleure façon. Faites un maximum de photos différentes du sujet. Vous aurez alors plus de chances d’avoir une photo réussie.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Adrien Pons : Il faut se nourrir de toutes les formes d’art. Peinture, photographie, littérature… Par exemple, j’aime beaucoup le cinéma et je trouve intéressant de voir comment une scène est sublimée par le cadrage, les décors, la lumière. Ça m’inspire beaucoup.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Adrien Pons : Même si je suis un passionné, je n’ai que très peu d’expérience dans la photo de rue. Je dois dans un premier temps me perfectionner.
Bien sûr, j’ai plein d’idées qui fusent. Je travaille sur une série dans mon petit village, par exemple.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Adrien Pons : J’expose de temps en temps des photos autour de chez moi. J’aimerais beaucoup montrer mon travail à un plus grand nombre de personnes.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Adrien Pons : Après une participation à un concours de Street Photography France, j’ai reçu une proposition. J’ai surfé sur le site et je me suis lancé aussitôt.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Adrien Pons : La force du collectif. Ayant pratiqué des sports collectifs, j’ai toujours aimé l’émulation de groupe autour d’un projet commun. On s’élève tellement plus vite au contact de personnes qui ont le même centre d’intérêt.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Adrien Pons : Organiser des rencontres régulières entre membres dans des villes toujours différentes.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture